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Le déluge de la Genèse

Par Ian Taylor, B.Sc.

1. Le déluge de la Genèse fut-il universel ou local ? Les chapitres 6 à 8 de la Genèse donnent le récit détaillé d’un déluge dévastateur provoqué par le jugement de Dieu. Genèse 7.18-24 ne laisse aucun doute que ce déluge fut universel : les plus hautes montagnes étaient toutes couvertes, tous les êtres qui étaient sur la face de la terre furent exterminés (les animaux marins sont restés dans la mer, ils ne sont pas montés dans l’arche) et seul un homme, sa famille, et des représentants de chaque espèce d’animaux ont survécu à ce désastre. Ils ont passé plus d’un an sur l’arche, puis lorsqu’ils sont sortis, Dieu a fait une alliance avec Noé : il n’y aurait plus de déluge pour détruire la terre (Genèse 9.11). Puisque l’histoire a été marquée par de nombreuses inondations locales, il faut que le déluge de la Genèse ait été universel, sans quoi Dieu aurait manqué à sa promesse. De plus, étant donné que ce déluge universel a eu lieu dans une période recensée par l’histoire, il n’y aurait pas suffisamment de temps pour qu’une quelconque évolution ait eu lieu par la suite.

Par contre, un déluge local implique non seulement que Noé aurait été assez idiot pour construire un énorme navire alors qu’il aurait très bien pu aller ailleurs et que les animaux seraient de toute façon partis, mais aussi que Jésus et Pierre ont été assez bêtes pour croire à ce conte. Le récit d’un déluge lointain dans lequel un homme, sa famille et de nombreux animaux ont été sauvés dans un grand navire fait partie du folklore de 138 cultures distinctes d’un bout à l’autre de la terre. De plus, ces récits existaient bien avant l’arrivée des missionnaires. Durant le seizième siècle dans l’Occident chrétien, et après la découverte de l’Amérique du Nord, certains ont commencé à douter que le déluge de la Genèse ait été universel. Ce doute était attribuable à des préjugés racistes. On affirmait que les Peaux Rouges et plus tard les Africains Noirs ne pouvaient descendre d’Adam et que, par conséquent, il avait dû y avoir d’autres hommes avant ou pendant Adam. D’une façon ou d’une autre, pour que des hommes de couleur aient survécu au déluge sans avoir été dans l’arche, il fallait que le déluge ait été local. On supposait tacitement qu’Adam et Noé étaient blancs. L’Église rétorqua par des livres contenant des preuves en faveur d’un déluge universel et accusa d’hérésie ceux qui enseignaient que le déluge avait été local.

Cuvier

Cuvier

2. Après la Révolution française de 1789, un jeune et brillant Suisse, Georges Cuvier (1769-1832), fut placé à la tête des scientifiques français à Paris. Cuvier connaissait bien le récit de la Genèse, mais il n’acceptait pas que le déluge ait pu être universel. À cette époque, les tenants de la révolution voulurent célébrer le succès de leur entreprise en rebâtissant Paris. Alors qu’on creusait des tranchées dans les routes, Cuvier compta 28 strates distinctes sous les rues de Paris. On détermina correctement que ces strates avaient été à l’origine des sédiments contenus dans l’eau, puis que ces sédiments s’étaient transformés en des roches sédimentaires contenant des fossiles d’êtres vivants ayant déjà existé. Cuvier doutait qu’un déluge ait pu produire toutes ces différentes couches. Dans son livre Theory of the Earth (1797), il suggéra que le déluge de la Genèse avait probablement été local, mais étendu et qu’il avait été le dernier d’une longue série. Chaque strate, résultat d’une inondation locale qui avait capturé des représentants d’êtres vivant sur la terre à l’époque, faisait état des changements de la vie pendant l’histoire de la terre.

3. James Hutton (1726-1797), un Écossais ayant étudié à Paris avant la Révolution, avait des idées similaires à celles de Cuvier, sauf qu’il mettait en doute l’hypothèse des catastrophes avancée par Cuvier. Il croyait que sur une période suffisante, les processus lents observés aujourd’hui produiraient les mêmes caractéristiques géologiques. Cette doctrine que l’on nomma « uniformisme » fut le pivot de la géologie jusqu’à tout récemment. L’idée des processus lents a contribué à élargir énormément l’intervalle de temps de l’histoire de la terre.

4. En Angleterre, la société géologique de Londres accepta les idées de Hutton ainsi que la croyance grecque voulant que la vie sur terre ait progressé du simple au complexe. Par conséquent, ils jugèrent que les fossiles étaient distribués selon un ordre de complexité croissante — les animaux marins simples étant dans les strates inférieures et l’homme dans les strates supérieures. Avec la révolution industrielle, la recherche d’un ordre quelconque dans les strates se fit plus pressante, car on voulait augmenter les chances de découverte de charbon et de minerais. Les fossiles semblèrent être la réponse. La composition réelle des strates devint peu importante, puisque les fossiles déterminaient l’ordre chronologique. Le nom des minéraux fit donc place à des noms inventés pour les périodes de l’histoire de la terre. La théorie voulant que des inondations multiples aient produit une séquence de strates sur des millions d’années devint un dogme que tous les étudiants en géologie doivent aujourd’hui mémoriser sous le nom d’« échelle stratigraphique ». Sir Roderick Impey Murchison (1792-1871) fut la force motrice de cette notion durant les années 1820 à 1840. 11 est important de comprendre que l’échelle stratigraphique était divisée en rangs d’organismes classés selon un ordre de complexité imaginaire. On fit alors des observations qui confirmèrent cet ordre — la théorie fut donc appuyée par des données sélectionnées et non par la méthode scientifique ! En 1859, Charles Darwin présenta sa théorie de la sélection naturelle comme le mécanisme par lequel un être pouvait se transformer en un autre sur les très longues périodes introduites par les géologues.

Charles Lyell

Charles Lyell

5. Charles Lyell (1797-1875), qui avait fait des études de droit, devint secrétaire de la société géologique. Avec l’élargissement des connaissances en géologie, on découvrit que les strates et les fossiles qui y sont associés étaient à peu près dans le même ordre, de l’Irlande du Nord à la Russie. Cela posa un problème puisque seul l’océan peut fournir l’eau et les sédiments nécessaires à une inondation de cette taille. Mais si le niveau de la mer s’était élevé par-dessus le continent de l’Europe, le reste de la terre aurait aussi été inondé! Évidemment, cela était inacceptable, et le seul recours était de supposer que le continent se serait soulevé et abaissé de nombreuses fois sous le niveau de la mer. À ce jour, c’est la théorie acceptée, bien qu’on n’ait pu démontrer qu’un mécanisme pourrait soulever et abaisser un continent 28 fois dans la plus parfaite uniformité. On enseigne aux étudiants en géologie que la mer a simplement subi une transgression et une régression, et que ce phénomène se passa si lentement qu’il fut imperceptible. C’est là l’une des raisons pour lesquelles on a besoin de millions d’années, et Lyell a passé la moitié de sa vie à essayer de recueillir des preuves à l’appui d’une Terre très vieille. Comme preuve principale du soulèvement et de l’abaissement des continents, Lyell a cité le temple romain de Sérapis, au nord de Naples. Il s’agit du point central de son livre Principles of Geology, publié en 1830-33. Il est évident que les trois colonnes de marbre qui restent de ce temple ont été sous le niveau de la mer pendant un certain temps, mais on sait que cela est attribuable à l’action des volcans de cette zone très instable. On est loin de prétendus soulèvements et abaissements des continents.

6. Ce qui précède est simplement l’histoire de la stratigraphie, le fondement de la géologie, qui repose sur l’idée apparemment raisonnable de Cuvier selon laquelle les nombreuses strates se sont déposées en séquence lors de nombreuses inondations causées par la mer. Tout récemment, en France, Guy Berthault (1926 —) a démontré lors d’expériences observables et pouvant être reproduites, que des sédiments mélangés dans de l’eau en mouvement tombent dans un ordre très précis et laissent un dépôt stratifié. Ce phénomène s’appelle la progradation. Supposons maintenant que le déluge de la Genèse ait été universel : une couche d’eau permanente sur la surface de la terre se serait déplacée par l’attraction de la lune et aurait transporté avec elle des millions de tonnes de sédiments. Selon les registres, la durée du déluge fut d’un peu plus d’un an et, pendant cette période, il est très plausible que des sédiments soient tombés et qu’ils aient formé simultanément des couches multiples sur une courte période plutôt que séquentiellement sur une longue période. De plus, le processus de liquéfaction aurait eu lieu au même moment, produisant même un meilleur tri des organismes ensevelis et laissant l’ordre partiel qu’on trouve dans les fossiles aujourd’hui. Ajoutons que la perfection de l’échelle stratigraphique décrite dans les ouvrages aujourd’hui ne reflète en aucun cas la réalité. On a démontré qu’un autre processus, la turbidité, laisse de minces couches qu’on appelle des varves. Tous ces processus sont bien connus des géologues et s’étendent sur quelques semaines, et non sur des millions d’années. Des observations récentes à Bijou Creek au Texas et au mont Sainte-Hélène, dans l’état de Washington, ont confirmé avec précision ces processus.

Microaster

Microaster

7. Pratiquement tous les éléments géologiques de la surface de la terre s’expliquent mieux par le modèle d’un seul déluge comportant des phénomènes de progradation, de liquéfaction et de turbidité que par la géologie moderne et ses millions d’années. Par exemple, la croyance en des inondations séquentielles est réfutée par a) la persistance des faciès et b) l’interstratification. La craie du crétacé, qui s’est formée à l’époque des dinosaures, est une couche précise de craie qu’on identifie comme un dépôt s’étant sédimenté dans l’eau. Elle contient le fossile stratigraphique Micraster et des nodules de silex. Cette strate se présente sous la forme d’une bande continue qui part de l’Irlande du Nord, qui est visible dans les White Cliffs de Dover, puis qui passe à travers l’Europe, l’Inde-, et la Malaisie pour se terminer en Australie. Cela signifie que la région entière doit avoir été sous l’eau au même moment. On pourrait en déduire que ce fut une « inondation locale » gigantesque ! L’interstratification, anciennement appelée « transitions imperceptibles » est le léger chevauchement entre les strates. Dans les manuels, on est toujours réticent à mentionner ce phénomène et on tente généralement de montrer des exemples de strates comportant des lignes de démarcation bien nettes. Par contre, il est très courant que les mêmes couches clairement stratifiées se mélangent à l’occasion, ce qui ne laisse aucun doute sur le fait qu’elles doivent s’être déposées en même temps.

8. Les grands géologues d’aujourd’hui reconnaissent que la doctrine de l’uniformisme est erronée et qu’en fait, les catastrophes sont la règle et que le registre géologique qu’on observe aujourd’hui est attribuable à une ou plusieurs inondations. Ils admettent également avec prudence que l’échelle stratigraphique est basée sur un raisonnement circulaire. Le professeur Tom Kemp, dans un article du magazine New Scientist (vol. 108, 5 déc. 1986, p.67), a affirmé : « On se trouve devant un argument circulaire : interprétez les fossiles d’après une certaine théorie de l’évolution, vérifiez l’interprétation, puis notez qu ‘elle confirme la théorie. La théorie ne serait-elle pas confirmée ? » Encore une fois, L’évolutionniste Miles Eldredge dans son livre Time Frames (1985, p.52) affirme : « Si nous datons les roches d’après les fossiles, comment pouvons-nous ensuite parler de modèles d’évolution dans le temps d’après les registres fossiles? ». En dépit de ces aberrations et de beaucoup d’autres observations similaires qui ont été faites ces dernières années, le monde scientifique a refusé jusqu’à maintenant d’admettre que les créationnistes ont toujours eu raison. Des preuves comme celles décrites ici s’ajoutent chaque jour et devraient être une source d’embarras non seulement pour les agnostiques, mais surtout pour les chrétiens qui se sont laissés convaincre par les milliards d’années et qui ont accepté la théorie de l’évolution. Leur pierre d’achoppement vient souvent du fait que s’ils admettent que les premiers chapitres de la Bible donnent l’heure juste en ce qui concerne la création, ils devront peut-être admettre qu’elle dit également vrai sur le Jugement dernier ! 

Traduit par Marie-Josée Roy