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Le troisième oeil du cobra

Sinaseli Tshibwabwa, Ph.D.

Parmi les reptiles les plus redoutables encore en vie à notre époque, on peut citer les mambas, les vipères et les cobras ou serpents à sonnette. Leur morsure peut entraîner la mort de la victime dans un délai très bref. Les serpents à sonnette vivent dans un milieu où ils sont confrontés à un grand problème de survie. Ils doivent, pour se nourrir, attraper des proies vivantes qu’ils tuent par injection d’une bonne dose de venin en frappant avec une rapidité et une précision déconcertantes. Ces proies vivantes appartiennent à différents groupes animaux : les amphibiens (crapauds, salamandres), les reptiles (lézards, geckos), les oiseaux et les petits mammifères (surtout les petits rongeurs). La plupart de ces proies ont développé dans l’environnement naturel des cobras des mécanismes d’autodéfense ou plutôt des mécanismes d’autoprotection assez singuliers : elles prennent, pour échapper à leurs prédateurs, la couleur du substrat ou la coloration du paysage du territoire dans lequel elles passent la majorité de leur temps. C’est le mimétisme de couleur, qui est souvent accompagné d’un mimétisme de forme. Grâce à ce mécanisme, ces animaux peuvent échapper à tous leurs prédateurs, à l’exception d’un seul, le cobra. En effet, ce serpent est pourvu d’une espèce de troisième oeil qui lui permet, même rendu aveugle ou placé dans l’obscurité absolue, de repérer ses proies et de les tuer avec une sûreté de somnambule(1). Qu’est-ce que ce troisième oeil? Comment le cobra a-t-il pu le développer pour pouvoir déjouer le mimétisme de ses proies?

La physiologie et l’anatomie de cet organe sont aujourd’hui mieux connues depuis les travaux menés en 1952 par le Professeur Bullock de l’Université de Californie et son équipe. Le troisième oeil est un organe hautement spécialisé, formé de cellules neuro-sensitives capables de percevoir des radiations infrarouges et des changements de température (2,3,4). Ces capteurs thermiques sont localisés dans deux fossettes situées en avant de la tête, entre l’oeil et la narine. Les cellules neuro-sensitives ne sont pas propres aux Crotalinées, sous-famille des Cobras. On les rencontre aussi chez les autres animaux et chez l’Homme. Mais, ce qui fait la différence, c’est que chez les cobras, ces cellules sont fortement concentrées sur une petite surface. À titre d’exemple, chez l’Homme qui est généralement placé au sommet de l’arbre évolutif par les évolutionnistes, on ne compte que 3 cellules neuro-sensitives sur 1 mm2 de peau. Par contre, chez les cobras, reptiles moins « évolués » que l’Homme, on en dénombre 150 000 sur la même surface, soit 5 fois plus que l’Homme n’en possède sur tout son corps(1)! Cette concentration extrêmement massive de cellules neuro-sensitives sensibles aux radiations infrarouges et aux variations de température de l’ordre de 0,003oC décuple le sens thermique des cobras dans des proportions inimaginables(5,6,7,8). Ainsi, ces serpents peuvent, grâce à ces deux capteurs thermiques,  » voir  » ou détecter les rayons calorifiques émis par un animal ou un objet pour autant qu’ils surpassent la température de leur entourage de quelques millièmes de degrés! Lorsque les cobras balancent leur tête de-ci, de-là, ils peuvent non seulement déterminer la présence d’une source de chaleur mais encore évaluer sa grandeur, sa forme et sa distance. Ils peuvent même faire la différence entre une vulgaire proie et une mangouste, dévoreuse de serpents! Notez que même les détecteurs électroniques dans les banques et les maisons de nos temps modernes n’ont pas encore atteint un tel degré de perfection malgré tout le savoir-faire de l’Homme!

D’après la théorie de l’évolution, ce troisième oeil des cobras aurait évolué par accumulation de petits changements  » positifs  » ou sélection naturelle, au hasard, à partir des cellules neuro-sensitives capables de percevoir la chaleur. Ces cellules se seraient concentrées depuis des dizaines de millions d’années dans deux points thermiques pour finalement aboutir à l’organe hautement spécialisé des cobras. Quelles sont les étapes intermédiaires d’une telle évolution? Pourquoi ces cellules se sont-elles ainsi agencées en avant de la tête de ces serpents et non pas en un autre endroit de leur corps? Aucun évolutionniste n’est en mesure de fournir une réponse à ces questions et encore moins d’en faire une démonstration. On sait seulement que cet organe n’a pas d’équivalent dans tout le règne animal. Admettons que cet organe ait connu une certaine évolution, comment le cobra s’y prenait-il pour attraper ses proies au tout début du processus évolutif de cet organe, car ses yeux normaux étaient (et sont encore) incapables de discerner les proies camouflées par un mimétisme de couleur ou de forme? L’espèce aurait dû normalement disparaître en l’absence d’organe pouvant lui permettre de repérer ses proies.

Imaginez le nombre total de cellules neuro-sensitives serrées l’une contre l’autre sur une minuscule surface dans chaque fossette, le nombre de connections nerveuses et la coordination nerveuse entre ces centaines de milliers de cellules d’une part, et d’autre part, entre ces dernières et le cerveau de l’animal! Un organe d’une telle perfection ne peut être le produit d’une évolution au hasard. L’énigme du troisième oeil du cobra est semblable à celle de l’oeil normal. La théorie de l’évolution manque d’arguments et de preuves pour expliquer les différentes étapes intermédiaires de l’évolution des organes d’une si grande perfection. Par contre, la théorie créationniste y voit le témoignage de la grande intelligence du Dieu Créateur qui créa tous les animaux, chacun selon son espèce. La Bible nous le dit en Genèse 1.24-25.

« Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi. Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. « 

Références

  1. DRÖSCHER, Vitus B., 1971.- Le merveilleux dans le règne animal. Les étonnantes « inventions techniques » de la nature. Éd. Marabout Université, France. 283 p.
  2. BARRETT, R., 1970.- The pit organ of snakes. In Biology of the Reptilia, 2 (ed. C. Gans). Academic Press, London: 277-300.
  3. BULLOCK, T.H. and R.B. COWLES, 1952.- Physiology of an Infrared Receptor. The facial pit of Vipers. Science, 115: 541-543.
  4. BULLOCK, T.H. and W. FOX, 1957.- The anatomy of the infrared sense organ in the facial pit of pit Vipers. Quarterly Journal of microscopical Science, 98: 219-234.
  5. CORDIER, R., 1964.- Sensory cells. In The Cell, 6 (ed. J. Brachet and A. Mirsky). Academic Press, New York: 313-386.
  6. HARTLINE, P.H., 1974.- Thermoreception in Snakes. In Handbook of sensory Physiology, III/3 (ed. A. Fessard). Springer, Berlin: 297-312.
  7. HARTLINE, P.H., KASS, L. and M. LOOP, 1978.- Marging of modalities in the optic tectune: infrared and visual integration in rattlesnakes. Science, New York, 199: 1225-1229.
  8. YOUNG, J.Z., 1981.- The life of Vertebrates. Third edition. Clarendon Press. Oxford. 645 p.

Sinaseli Tshibwabwa détient un doctorat en systématiques des poissons d’eau douce et est membre de l’ASCQ. Parmi ses réalisation, on compte la découverte de sept nouvelles espèces de poissons en Afrique.